Installer une ruche au fond de son jardin, c'est un geste pour la biodiversité. Encore faut-il savoir quelle abeille on y accueille. Depuis des décennies, la plupart des ruchers amateurs sont peuplés d'abeilles importées ou hybridées, choisies sur catalogue. Pendant ce temps, l'abeille qui vivait ici depuis toujours, l'abeille noire, recule. Notre projet fait le pari inverse : travailler avec ce que notre territoire a de meilleur, sa génétique locale.
L'abeille noire, une abeille façonnée par son territoire
L'abeille noire (Apis mellifera mellifera) est la sous-espèce d'abeille mellifère originaire de l'ouest de l'Europe. Sa présence en Sologne et dans le Loiret remonte à la dernière glaciation : des milliers d'années d'adaptation aux hivers, aux forêts, aux bruyères et aux floraisons de notre région.
Depuis les années 1970, elle décline fortement. Le parasite varroa, l'intensification de l'apiculture et surtout l'importation massive de reines d'autres origines ont provoqué une hybridation et une érosion de son patrimoine génétique. Longtemps jugée, à tort, agressive et peu productive, elle a été remplacée dans beaucoup de ruchers par des races sélectionnées ailleurs, souvent fragiles et mal adaptées aux conditions locales.
Sélectionner une abeille : de quoi parle-t-on ?
Sélectionner, ce n'est pas « fabriquer » une abeille. C'est observer patiemment des colonies, saison après saison, et ne garder pour la reproduction que celles qui réunissent les qualités recherchées. Dans notre cas, trois critères guident le travail :
• la rusticité : une colonie qui hiverne bien, résiste aux aléas et aux maladies et qui demande peu d'interventions ;
• la douceur : des abeilles calmes, faciles à manipuler, indispensables pour un apiculteur amateur ; et oui ! Une abeille hybridée est très souvent agressive, alors qu’une abeille qui retrouve sa génétique noire peut être surprenante de douceur.
• la production : une colonie capable de produire du miel sans être « dopée ».
La difficulté tient à la biologie de l'abeille. Une jeune reine s'accouple en vol avec plusieurs mâles (les faux-bourdons), qui peuvent venir de ruchers situés à plusieurs kilomètres. Si ces mâles sont issus d'abeilles importées, la lignée locale se dilue en une génération. Sélectionner l'abeille noire, c'est donc aussi maîtriser son environnement de reproduction : regrouper des colonies sur un territoire où les mâles locaux dominent.
Pourquoi partager la génétique avec le Conservatoire de Sologne Orléanais
Une petite population, même bien sélectionnée, peut finir par s'appauvrir : à force de croiser des colonies apparentées, on perd en vigueur et en diversité. C'est là que le partenariat avec le Conservatoire de l'abeille noire Sologne Orléanais prend tout son sens.
Le Conservatoire porte un ambitieux programme de restauration de l'abeille noire de Sologne, , appuyé sur des analyses génétiques et un suivi rigoureux des lignées.
Mettre en commun nos ressources génétiques permet :
• d’élargir la base génétique des deux programmes et éviter la consanguinité ;
• de bénéficier d'une expertise technique et scientifique pour vérifier l'origine des lignées et limiter l'hybridation ;
• d’inscrire notre travail dans une démarche territoriale cohérente, à l'échelle du Loiret et de la Sologne, plutôt que dans un rucher isolé.
Quatre ans de patience, et des résultats
Nous sélectionnons et multiplions nos souches d'abeilles noires depuis 2020. En 2025, après quatre saisons de travail, nos colonies répondent aux critères fixés : rustiques, douces et productives. Une étape clé, qui rend désormais possible la diffusion de cette génétique au-delà de nos ruchers d'élevage.
L'objectif : des lignées de reines fiables pour l'apiculture de loisir
L'apiculteur amateur n'a ni le temps ni les moyens de mener un programme de sélection. Il a besoin d'abeilles faciles à vivre, qui passent l'hiver et s'adaptent à son jardin. C'est précisément ce que permet la génétique locale.
Nous pouvons désormais proposer des essaims, des reines ou des cellules royales issus de nos lignées. Chaque apiculteur qui réintroduit l'abeille noire dans son rucher devient un maillon du projet : ses colonies renforcent la présence de mâles locaux sur le territoire, et donc la qualité des fécondations pour tous. Pour animer cette démarche à partir de 2026, nous avons créé l'association POLLINI-FLORE.
Local, c'est tellement mieux
Pourquoi faire venir une reine de l'autre bout de l'Europe quand une abeille adaptée à notre climat, à nos floraisons et à nos hivers est à portée de main ? Travailler avec les ressources génétiques locales, c'est :
• des colonies plus autonomes, qui demandent moins de nourrissement et de traitements ;
• une abeille en phase avec la flore locale, au service de la pollinisation de nos cultures et de nos forêts ;
• la préservation d'un patrimoine vivant, au même titre que nos races locales d'animaux ou nos variétés anciennes de fruits.
Comment agir à nos côtés
• Vous êtes apiculteur amateur ? Contactez-nous pour accueillir l'abeille noire dans votre rucher.
• Vous êtes un particulier ? Parrainez une ruche ou achetez le miel de nos ruchers : chaque pot finance directement le travail de sélection.
• Vous êtes une entreprise ? Intégrez la sauvegarde de l'abeille noire à votre politique RSE et devenez ambassadeur du projet en parrainant nos ruches.